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Goodyear: une délégation intersyndicale en Préfecture

« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » disait déjà le Figaro de Beaumarchais pour dénoncer en son « Siècle des Lumières » les privilèges aristocratiques archaïques… Mais plus de 200 ans plus tard, un vent plus que passéiste et purement réactionnaire ne serait-il pas en train de souffler férocement et à nouveau sur le peuple français et sur les syndicalistes plus précisément ?

Jeudi 21.01.2016 en fin de matinée, une délégation intersyndicale FO-CGT-FSU-Sud Solidaires a été reçue à sa demande auprès du nouveau préfet de Haute-Loire, pour rappeler son opposition aux sanctions injustes prises à l’encontre de 8 salariés de Goodyear, plus de deux ans après les faits qui leur ont été reprochés. Nous avons interrogé Michelle LEYRE qui représentait l’Union Départementale FO.

Dans quelles conditions l’entretien s’est-il déroulé et as-tu eu l’impression que le message était entendu ?

ML : Lorsque l’on est arrivé, c’est un des représentants de la CGT qui a rappelé la raison de notre demande d’audience auprès du préfet, représentant de l’Etat auquel on demandait donc « d’enregistrer » nos doléances et nos revendications, pour qu’il puisse les faire remonter « par voie hiérarchique » jusqu’aux plus hautes autorités nationales. Cela semblait logique étant donné que sur les 8 prévenus condamnés, 7 étaient encartés à la CGT.

Il est d’abord revenu sur les faits c’est-à-dire ceux pour lesquels ils ont été poursuivis, à savoir : la « retenue » durant trente heures, entre le 6 et le 7 janvier 2014, du DRH et du directeur de la production, pour protester contre la fermeture de l’usine, intervenue quelques jours plus tard (précision : cette entreprise comptaient 1 143 salariés, tous envoyés pointer au chômage depuis cette période de vœux ! « Bon début d’année 2016 pour eux, bien sûr… »).

A la suite de cela, nous avons pris la parole pour dénoncer tour à tour notre opposition à cette décision et exprimant clairement ce que ceci nous apparaissait totalement injuste et disproportionné au regard des motifs retenus à charge, contre eux. Tout de même une décision de 24 mois de prison dont 9 ferme, pour avoir tenté de défendre les salariés de l’entreprise, c’est plus que cher payé : c’est un scandale, pour ne pas dire un déni de démocratie ! On a d’ailleurs fait remarquer qu’il y avait d’autres secteurs et professions qui menaient des actions d’envergure, pour se faire entendre et que cela ne débouchait heureusement pas sur des traductions devant le justice.

Comment a régi le préfet face à vos remarques ? A-t-il lui-même fait des commentaires sur la situation ?

ML : Il nous a écoutés. Mais il s’est surtout contenté de rappeler que ce type de « séquestration» (terme employé) était une violence faite à la Direction du site de l’entreprise, dans le cadre des missions qui leur avaient été dévolues, définies « comme feuille de route à suivre » par le Groupe Goodyear. Et, qu’en cela, l’action des 8 salariés et syndicalistes constituait bien du point de vue de la justice, un DELIT. Et donc, qu’à ce titre, la décision rendue par le Juge du Tribunal d’Amiens, suivant en cela le réquisitoire du Procureur de la République (pour rappel : 9 mois de prison ferme) paraissait logique, normal.

Face à cette « réaction administrative », quels arguments et revendications as-tu portés pour faire valoir le soutien incontestable De Force Ouvrière à ces salariés militants ?

ML : Pour ma part, je dirai que j’ai surtout tenu à mentionner et faire valoir ce que le Secrétaire Général de la Confédération de Force Ouvrière _ Jean-Claude Mailly _ avait lui-même dit lors d’une interview accordée au journal L’Humanité (le 20 janvier 2016) : « Ce qu’on ne veut pas, c’est que le jugement concernant les Goodyear fasse jurisprudence ». Et, il avait même pour cela ajouté qu’il avait été « abasourdi » quand il avait appris la condamnation à neuf mois de prison ferme de ces salariés, « puisque dans le même temps, les plaignants avaient retiré leur plainte ».

Personnellement, j’ajouterai que l’on ne peut évidemment pas exclure que la situation de l’« état d’urgence », de « l’affaire de la chemise d’Air France » et de tout ce qui est lié à cela _ la volonté de détruire dans le même temps, le droit des salariés à se défendre grâce aux organisations syndicales, celui de chambouler les règles qui régissent le travail lui-même en faisant fi de celles-ci et en cherchant même à les détruire par le biais de lois scélérates (Macron 1 et bientôt 2, Rebsamen, prochainement sur la remise en cause –« réécriture-sacrifice-massacre » du Code du travail…) _ est dictée par la volonté de faire un exemple et de durcir le ton !

C’est sur cette même tonalité d’ailleurs que s’est exprimé l’avocat des salariés Goodyear incriminés (Fiodor Rilov) quand il a révélé son sentiment au journal Le Monde, après le verdict rendu (du 12 janvier), je cite : « C’est un jugement hallucinant » et mettant en cause l’exécutif, il ajoute que « ça participe d’une répression grandissante à l’égard des syndicalistes qui se battent contre la fermeture de leur usine. Et je ne peux pas croire que le parquet, qui avait réclamé de la prison ferme, ait élaboré son réquisitoire en dehors de tout cadre fixé par le gouvernement » Selon lui, cette décision de justice « va désormais peser comme une épée de Damoclès sur tous les salariés qui aujourd’hui se battent pour sauver leur entreprise ».

Jean-Claude Mailly ne disait pas autre chose, quand il confirmait également : « la justice et le procureur ont voulu donner un signe, et qui consiste à dire [qu’] à partir de maintenant, ces actes seront sévèrement réprimés. C’est cela que ce jugement veut dire. On accuse les salariés de violence, mais celle-ci se retourne en vérité contre eux : ce jugement est une violence qui leur est faite […] Cette décision de justice est inédite. Dans ma vie militante, j’ai vu beaucoup d’actions de ce type, et celles-ci n’ont jamais donné lieu à des peines de prison ferme. En général, les conflits finissent par se conclure par un accord quel qu’il soit, et tout rentre dans l’ordre. On ne peut séparer ce jugement du contexte politique général d’état d’urgence.

Quand l’état d’urgence se prolonge, que des dispositions pénales vont être prises qui vont court-circuiter l’ordre judiciaire, les libertés démocratiques en prennent un coup. Et dans les libertés démocratiques, figurent les libertés syndicales ». Suite à cette déclaration, il a expliqué que c’était la raison pour laquelle il avait signé l’appel pour demander la relaxe des militants condamnés.

Et c’est bien dans ce sens que nous avons nous-mêmes « conclu » l’entretien avec le préfet en lui remettant « en guise » d’engagement moral et syndical notre tract intersyndical départemental appelant également à cette demande de révision de justice, sine die !

Tag(s) : #solidarité

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